"Un appel à l’espérance : la vie religieuse est encore possible"


A Rennes, quatre religieuses de congrégations différentes ont été appelées à bâtir une communauté. Ce projet lancé en 2006 est le fruit de la concertation de la Commission des supérieures majeures de l’ouest (CSMO) et du réseau des jeunes sœurs de l’ouest. Il se constitue comme un acte d’espérance face à la crise des vocations. Jeannette Abguillerm (75 ans), sœur des Filles du Saint-Esprit ; Marie-Antoinette Jicquel (67 ans), sœur du Sacré-Cœur de Jésus de Saint-Jacut-les-Pins ; Gaëlle Jacquier (37 ans), sœur de la Providence de Ruillé-sur-Loir ; Chrystelle Maillerie (36 ans), sœur des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie de Paramé, témoignent de leur expérience. La communauté est sous la responsabilité d’une Supérieure majeure, déléguée par les autres congrégations pour ce service .

NB Une troisième jeune sœur a fait partie de la communauté pendant 3 ans puis a été appelée à une autre mission par sa congrégation.

 

Comment et pourquoi a été fondée cette communauté ?

Tout d’abord, elle est l’aboutissement de 2 ans de réflexion et de préparation au sein de 2 ateliers de travail entre supérieures majeures, suite à une session vécue dans l’ouest sur le thème : « Vivre une gouvernance qui ouvre un avenir ».

Comment continuer à « fonder » en direction d’une présence aux jeunes, à l’heure où la démographie des congrégations s’y prête si peu ? Pourtant, c’est une orientation missionnaire qui a été prioritaire en bien des Instituts tout au long de leur histoire.

Un document, émanant de la commission épiscopale de la vie consacrée, paru en mai 2005, venait de dire : « Il y a des champs apostoliques où il n’est pas possible de travailler sans pratiquer l’intercongrégation ».

Huit congrégations de l’ouest ont alors choisi de réfléchir à ce projet de communauté, en cherchant comment il pourrait être une chance, notamment, pour de plus jeunes sœurs assez minoritaires dans leur Institut ou Province.

 

Et la réalisation s’est faite aisément ?

Elle a été exigeante à plusieurs niveaux. Comme le dit le document cité : « Dans un contexte religieux et ecclésial marqué par le besoin de visibilité, l’intercongrégation ne va pas de soi … » Outre le projet missionnaire précisé avec divers partenaires en Eglise, notamment la Pastorale des Jeunes, le groupe de travail a beaucoup pesé des éléments à différents niveaux concernant l’organisation de la vie communautaire : comment et à travers qui se vivra le « service d’autorité » ? Et la mise en commun des biens ? Comment permettre à chaque Sœur de maintenir un lien bien vivant avec son institut, dimension particulièrement importante pour les plus jeunes Sœurs.

Une charte a précisé tout cela …et quatre congrégations ont choisi d’appeler des Sœurs pour mettre en œuvre ce projet.

 

Et aujourd’hui, vous les Sœurs de cette communauté, qu’en dites-vous ?

Nous avons été rassemblées d’abord pour vivre du Christ en nous nourrissant de la richesse de la congrégation de chacune. Nous voulons dire clairement ceci : il ne s’agit pas de renoncer aux charismes de nos instituts mais de les partager, au jour le jour, pour bâtir une communauté fraternelle. Il nous est aussi demandé de prendre du temps pour discerner les engagements de chacune afin de nourrir notre mission communautaire. La création de cette communauté est, certes, une manière de lutter contre l’isolement de plus jeunes sœurs mais elle repose avant tout sur une mission commune qui nous a été confiée en direction des jeunes.

 
Comment se réalise cette mission ?

Notre projet est ancré dans une attention au monde des jeunes. L’appel qui nous a été lancé implique de les rejoindre sur leurs lieux de vie (quartier, ville, diocèse…), de leur ouvrir la communauté, et de porter une attention privilégiée à ceux qui sont en difficulté.

Nous sommes ainsi vigilantes à recevoir lors de notre prière communautaire les jeunes qui le désirent. La communauté porte les jeunes dans la prière. Le service des vocations vient dans notre communauté pour prier avec nous une fois par mois. Nous visitons et accueillons les élèves de l’École de la foi à Coutances. Ces rencontres sont l’occasion de dialoguer. Nous accueillons aussi des jeunes du mouvement eucharistique des jeunes (MEJ). Nous avons également lancé un projet d’accueil de tous les séminaristes des diocèses bretons pour se rencontrer et créer avec eux un réseau. Nous témoignons auprès des confirmands et nous allons à la rencontre des jeunes dans les établissements scolaires pour présenter les projets de mission de solidarité que nous menons. Nous sentons ces élèves à l’écoute. La vie religieuse suscite des interrogations. Nous portons aussi attention aux jeunes par le soutien scolaire, l’accompagnement spirituel, l’écoute et une présence au sein de la pastorale des jeunes du diocèse. L’accomplissement de cette mission auprès de ces garçons et filles permet de faire connaître la vie religieuse apostolique. 

 

Quel est le ciment de ce projet de communauté intergénérations ?

Le Christ ! Il nous unit. Notre engagement et notre vie consacrée sont des éléments moteurs. Nous sommes animées par la volonté de transmettre la Parole. De plus, nous voulons prouver que ce projet, limité dans le temps (6 ans), est possible. Nous le ressentons comme une expérience spirituelle. Il redynamise notre vie consacrée.

Chacune de nous quatre conserve sa spiritualité propre et la fait partager aux autres. Notre présence au sein de cette communauté nous oblige à approfondir et à affirmer notre charisme. Faire vivre une telle communauté est exigeant. Cela implique une ouverture et une responsabilité vis-à-vis du projet. Celui-ci est très regardé à l’extérieur. Nous souhaitons qu’il ait un sens. Lorsque nous traversons des moments difficiles, nous devons renouveler nos efforts pour poursuivre le projet. Au départ, il a été difficile de s’adapter au rythme de chacune. Maintenant nous nous retrouvons le matin et le soir pour la prière, passons les week-ends ensemble et partageons des journées de détente essentielles pour la fraternité. Nous avons aussi des rencontres communautaires tous les quinze jours : relecture de vie, partage d’Évangile, etc.

 

En quoi ce projet et sa spécificité vous touchent-ils en tant que religieuse apostolique ?

La participation à ce projet permet d’être dans une attitude évangélique de non-suffisance. La mise en commun de nos moyens soutient une initiative qui ne se réaliserait peut-être pas dans une autre communauté. Des pousses comme celle-ci sont un chemin qui autorise à dire : "nous croyons en la vie religieuse". L’Esprit-Saint nous pousse toujours. Cette initiative oblige à être en vérité et à rester inventives par rapport à la vie religieuse.

Notre communauté respire la joie de vivre, elle n’est pas éteinte. Nous avons à cœur de participer toutes aux rassemblements importants vécus dans le diocèse, à la pastorale des jeunes etc. et tout cela est très stimulant pour nous .Nous croyons pouvoir dire que cette communauté est équilibrée et homogène, qu’elle redonne un élan à la vie apostolique religieuse.

 

Qu’apporte chacune d’entre vous à la communauté ?

Certaines sœurs apportent le dynamisme de la jeunesse. Pour les aînées, il est réconfortant de voir que l’avenir n’est pas en crise. Les jeunes sœurs apportent de la nouveauté pour les chants, par exemple. La venue et la rencontre des familles et des amis des jeunes sœurs sont un soutien dans la vie communautaire. Vivre avec des sœurs issues d’autres congrégations et avec des activités différentes permet de multiplier notre réseau de connaissances. Les atouts de chaque sœur sont mis en commun. Découvrir le charisme d’une autre sœur est aussi une sève nourrissante. Ce charisme suscite aussi une ouverture de cœur et d’esprit. Il y a entre nous un esprit de communion. Nous considérons la présence de cette communauté comme un appel à l’espérance : la vie religieuse est encore possible.

 Stéphane Laforge