Présentation de l’exhortation apostolique post-synodale CHRISTUS VIVIT du Pape François

Voici la présentation/lecture de ce grand texte qui invite à oser vivre l’amitié avec le Christ... par Sr Nathalie Becquart


« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. Les premières paroles que je voudrais adresser à chacun des jeunes chrétiens sont donc : Il vit et il te veut vivant ! » §1

Ainsi démarre l’exhortation apostolique post-synodale Christus vivit écrite par le Pape François sous la forme d’une lettre aux jeunes et à tout le peuple de Dieu. Ce texte rendu public ce 2 avril 2019, cinq mois après la fin du synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » qui s’est déroulé à Rome en octobre dernier, est la quatrième exhortation de ce pontificat après Evangelii Gaudium, Amoris Laetitia et Gaudete et Exsultate. Ecrit à l’origine en espagnol dans un style très personnel – on y reconnait bien la plume et le type de formules du Pape François – ce texte magistériel est aussi le fruit de tout un processus synodal. Dans l’introduction le Saint-Père nous dit d’ailleurs s’être laissé « inspirer par la richesse des réflexions et des échanges du Synode de l’année passée ». Et le texte cite d’ailleurs abondamment le Document final du synode (DF) ainsi que le Document final du pré-synode. Si ce texte cible particulièrement les jeunes de 16 à 29 ans correspondant à la génération ciblée par ce dernier synode, il s’adresse aussi plus largement à tout le peuple de Dieu en cette période particulière de l’histoire marqué par la crise des abus. Je vous propose ici d’entrer pas à pas dans cette exhortation post-synodale composée de neuf chapitres et que l’on peut considérer comme un véritable petit traité de vie spirituelle et pastorale.

Cette exhortation démarre par tout un parcours biblique qui nous permet de méditer sur ce « que dit la Parole de Dieu sur les jeunes » comme l’indique le titre du premier chapitre. A travers différentes figures de l’Ancien-Testament - Joseph, Gédéon, Samuel, David, Salomon – et du Nouveau Testament suivi dans le chapitre deux par une réflexion sur la jeunesse de Jésus, le Pape François nous conduit vers une méditation sur la jeunesse de l’Eglise appelée à toujours se renouveler. Parce que la jeunesse est une attitude du cœur - « Avant d’être un âge, être jeune est un état d’esprit » §.34 – l’Eglise est appelée à se laisser rénover en retrouvant l’essentiel, l’élan du premier amour : « Elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour. Elle est jeune quand elle est capable de retourner inlassablement à sa source. » §36 Pour cela elle doit être attentive aux signes des temps qu’elle peut lire éminemment quand elle « se laisse interpeller et stimuler par la sensibilité des jeunes. » §42 Ainsi pour être une Eglise vivante dans le monde d’aujourd’hui et répondre à une demande forte des jeunes dénonçant les trop nombreuses discriminations envers les femmes dans la société et dans l’Eglise, l’Eglise doit dépasser ses craintes et prêter « attention aux revendications légitimes des femmes qui demandent plus de justice et d’égalité. » et « donner sa contribution avec conviction pour une plus grande réciprocité entre hommes et femmes »§42 Et le Pape conclue ce chapitre par une méditation sur Marie - la jeune femme de Nazareth car « Marie resplendit dans le cœur de l’Église. Elle est le grand modèle pour une Église jeune, qui veut suivre le Christ avec courage et docilité. »§43 – avant de présenter une série de jeunes saints L’accent est donc mis sur une vision spirituelle de l’Eglise qui appelle à chacun à marcher à la suite du Christ sur un chemin de conversion.

Le chapitre trois intitulé « Vous êtes l’aujourd’hui de Dieu » présente une vision plus sociologique de la jeunesse en posant un regard sur les jeunes d’aujourd’hui, leurs caractéristiques, leurs conditions de vie. S’il commence par les éléments positifs, il prend le temps de souligner à la suite des pères synodaux tous les nombreux problèmes et défis auxquels sont confrontés les jeunes dans ce monde en crise. Car en les écoutant tout au long du processus synodal l’Eglise a entendu leurs cris et souffrances nombreux, ils sont souvent les premières victimes de la violence, des guerres, de la pauvreté, de l’exclusion et l’Eglise se doit de reconnaître les drames des jeunes et regarder ces réalités douloureuses avec un cœur compatissant plein de larmes. Il est aussi intéressant de noter au §81 la prise en compte de l’importance du corps et de la sexualité pour les jeunes, appréhendés comme essentiels « pour leur vie et pour le chemin de croissance de leur identité. » Est ici cité un des paragraphes du DF sur ces sujets parmi les plus débattus du synode : « En même temps, les jeunes expriment « un désir explicite de dialogue sur les questions relatives à la différence entre l’identité masculine et féminine, à la réciprocité entre les hommes et les femmes et à l’homosexualité ».§34 » avant d’aborder l’impact des développements actuels de la science et de la technologie sur le rapport au corps. S’en suit un focus sur trois thèmes considérés comme majeurs durant le synode :
• Le monde numérique §86-90 reconnu un milieu de vie façonnant la culture des jeunes, avec une analyse des opportunités et menaces qu’il présente.
• Les migrants comme paradigme de notre temps §91-94, la question des migrations ayant été particulièrement mentionnée dans l’assemblée synodale, est ici mentionnée l’importance des phénomènes migratoires actuels avec la prise de conscience de la nécessité d’une approche globale qui réunit pays de départ et pays d’accueil.
• La lutte contre les abus §95-102 dans une longue partie intitulée « mettre fin à tous genres d’abus » qui tout en dénonçant le fléau des abus revient aussi sur l’analyse des causes et la nécessité d’agir. Sont ici cités non seulement le Document final du synode mais aussi les discours tenus lors de la rencontre romaine sur “La protection des mineurs dans l’Église” de février 2019 et la lettre au peuple de Dieu d’août 2018. Cette partie ce termine par un message plus direct aux jeunes - en toute situation « Il y a une issue à toutes les situations difficiles ou douloureuses que nous avons mentionnées. » §104 - par lequel sous une forme plus spirituelle et poétique le Pape vient leur témoigner de l’espérance pascale au cœur de notre foi et les inviter à se tourner avec confiance vers Jésus, plein de vie.

Le chapitre 4 intitulé « la grande annonce pour tous les jeunes », prend la forme d’une catéchèse biblique pour annoncer aux jeunes le message central de la foi chrétienne : Dieu est amour, Dieu aime chacun. Dieu est « un Père qui voit tes besoins et respecte ta liberté » §112 « Pour Dieu tu es précieux et important » §115. Puis le Pape poursuit son annonce du kérygme : le Christ te sauve et Il vit ! Le Christ est ainsi présenté aux jeunes comme un Ami avec qui l’on peut tout traverser, l’Ami qui fait vivre et rend chacun plus vivant. Ainsi au §129 « Si tu parviens à apprécier, avec le cœur, la beauté de cette nouvelle, et que tu te laisses rencontrer par le Seigneur, si tu te laisses aimer et sauver par lui, si tu entres en amitié avec lui et commences à parler avec le Christ vivant des choses concrètes de ta vie, tu feras la grande expérience, l’expérience fondamentale qui soutiendra ta vie chrétienne. » Enfin, dans une dynamique trinitaire, ce chapitre se conclue par une invitation à invoquer constamment « l’Esprit de vie » « source de la meilleure jeunesse ». Est ici cité un beau passage de Pedro Arrupe dans Enamórate.

Vient ensuite le chapitre 5 central intitulé « chemins de la jeunesse » dans lequel est affirmé avec force que « la jeunesse est un don de Dieu » car « Dieu est l’auteur de la jeunesse, et il œuvre en chaque jeune. La jeunesse est un temps béni pour le jeune, et une bénédiction pour l’Église et pour le monde. Elle est une joie, un chant d’espérance et une béatitude. »§135 S’en suit une belle réflexion anthropologique sur ce qu’est fondamentalement cette période particulière de la vie : un temps de rêve et de choix. Le jeune est celui qui marche habité par une promesse de vie. Tout l’enjeu est alors pour lui de trouver concrètement la joie et la vie pleine en osant prendre les bonnes décisions. Et ici le Pape François indique clairement le chemin à suivre : « Le chemin est Jésus ; le faire monter dans notre « bateau » et avancer au large avec lui ! Il est le Seigneur ! Il change la perspective de la vie ! (…).Avancez au large, sortez de vous-mêmes ».§141
Dans une approche très existentielle qui part de la réalité des jeunes le Pape François s’appuie sur cette dimension essentielle de leur vie qu’est l’amitié. Dans cette partie très percutante intitulée « Dans l’amitié avec le Christ » il leur présente celle-ci comme indéfectible et il montre la voie de la prière comme un défi, une aventure reprenant des mots qui font profondément sens pour la génération actuelle. Dans une démarche dans laquelle on pourra reconnaître la pédagogie des Exercices spirituels de Saint-Ignace de Loyola, le Pape François propose ainsi aux jeunes de vivre la jeunesse comme une expérience intérieure de croissance pour porter davantage de fruits en osant se laisser pleinement rejoindre par le Christ qui veut pour chacun une vie plus grande pour être plus en se donnant. Dans ces paragraphes 156 à 162 sur la croissance et le murissement, le Pape cite un de ses théologiens de référence Romano Guardini et se livre aussi à un témoignage personnel touchant : « A chaque moment de la vie, nous devrions pouvoir renouveler et renforcer la jeunesse. Quand j’ai commencé mon ministère de Pape, le Seigneur m’a élargi les horizons et m’a offert une nouvelle jeunesse » §160
Enfin ce long chapitre central se termine en évoquant la dimension toujours communautaire et sociale de la suite du Christ avec un premier temps nommé « Sentiers de fraternité » et un deuxième temps titré « jeunes engagés ». Le Pape cherche à ouvrir jusqu’à la dimension de l’engagement social et politique : « Je propose aux jeunes d’aller au-delà des groupes d’amis et de construire l’amitié sociale, chercher le bien commun »§169 en soulignant combien « l’engagement social est un trait spécifique des jeunes d’aujourd’hui » même s’il prend des formes différentes que celles des générations précédentes. Dans la suite de ses nombreux discours aux jeunes, notamment aux JMJ, le Pape François vient ici les inciter à s’engager pour construire un monde meilleur, en les appelant à être des « protagonistes du changement ! » et des « missionnaires courageux », c’est-à-dire des « Amoureux du Christ, (…) appelés à témoigner de l’Évangile partout, par leur propre vie. » car l’Evangile est à tous et pour tous. Et il conclue avec ce message clé : « Chers amis, n’attendez pas demain pour collaborer à la transformation du monde avec votre énergie, votre audace et votre créativité. Votre vie n’est pas un « entre-temps ». Vous êtes l’heure de Dieu qui vous veut féconds ». §178

Le chapitre 6 intitulé « des jeunes avec des racines », à contre-courant du monde actuel qui valorise souvent l’instantanéité, un culte de la jeunesse et de l’apparence, une vie superficielle, vient proposer aux jeunes un « un autre chemin, fait de liberté, d’enthousiasme, de créativité, d’horizons nouveaux, mais en cultivant en même temps ces racines qui nourrissent et soutiennent. » Un chemin qui passe par un sain enracinement dans une culture, une histoire. Et pour cela, fidèle au thème qui lui est si cher de la rencontre entre les jeunes et les ainés, le Pape François recommande aux jeunes d’entrer en relation avec les personnes âgées, de les écouter pour découvrir le passé. Il cite de nouveau la prophétie de Joël « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards des songes » (Jl 3, 1) qu’il avait déjà proposé aux jeunes dans son discours d’ouverture du pré-synode et rappelé au début du synode. En même temps il demande aux anciens d’être des « gardiens de la mémoire » Les anciens rêvent et les jeunes ont des visions, et si les deux se complètent bien, si la rencontre entre les générations s’opèrent de manière féconde, « si nous marchons ensemble, jeunes et vieux, nous pourrons être bien enracinés dans le présent, et, de là, fréquenter le passé et l’avenir : fréquenter le passé, pour apprendre de l’histoire et pour guérir les blessures qui parfois nous conditionnent ; fréquenter l’avenir pour nourrir l’enthousiasme, faire germer des rêves, susciter des prophéties, faire fleurir des espérances. »§199 Tel est le défi majeur de l’Eglise et de la société d’aujourd’hui, permettre cette rencontre intergénérationnelle – si bien vécu pendant le synode - pour que nous nous cherchions ensemble un monde meilleur, sous l’impulsion toujours nouvelle de l’Esprit Saint. ». En reprenant l’image donnée au synode par Joe, un jeune auditeur des Iles Samoa - « l’Église est une pirogue, sur laquelle les vieux aident à maintenir la direction en interprétant la position des étoiles, et les jeunes rament avec force en imaginant ce qui les attend plus loin. » - le Pape François nous convoque à monter dans la même pirogue pour avancer ensemble.

Le chapitre 7 est ensuite consacré à la Pastorale des jeunes. Il plaide pour une pastorale synodale car le synode a bien mis en avant que la synodalité est la clé de l’évangélisation des jeunes, la manière même de transmettre la foi aujourd’hui. Et les mots-clés pour vivre cette pastorale d’un nouveau style avec et pour les jeunes sont : audace, créativité, flexibilité, proximité, gratuité, participation, coresponsabilité, proximité. Il s’agit d’un « marcher ensemble » dans la diversité « qui implique une « mise en valeur des charismes que l’Esprit donne selon la vocation et le rôle de chacun des membres [de l’Église], à travers un dynamisme de coresponsabilité. » dans §206 pour »refléter ce merveilleux polyèdre que doit être l’Église de Jésus- Christ. ». Le Pape François énonce alors trois grandes lignes d’action : la recherche en s’appuyant sur les jeunes eux-mêmes parce qu’ils sauront trouver comme rejoindre d’autres jeunes, la croissance afin d’aider les jeunes à s’enraciner dans la vie chrétienne au-delà des expériences ponctuelles en permettant de grandir dans l’amour du Christ et dans l’amour fraternel. Et ici il réinsiste sur l’enjeu d’annoncer le kérygme. Cette pastorale doit se déployer et se décliner en différents milieux et il s’arrête sur la pastorale des institutions éducatives – « L’école catholique reste essentielle comme espace pour l’évangélisation des jeunes. »§222 Il présente ensuite différents domaines à prendre en compte pour le développement pastoral §224-229 : la prière et la liturgie, le service des autres, les expressions artistiques, le sport, la protection de l’environnement – est ici mentionné le scoutisme – l’Eucharistie et le Sacrement du pardon. S’ensuit un plaidoyer pour une pastorale populaire à même de rejoindre les jeunes des périphéries « capable de créer des espaces inclusifs, où il y aura de la place pour toutes sortes de jeunes et où se manifestera réellement que nous sommes une Église aux portes ouvertes. »§234 Le troisième axe donné au §240 est celui d’une pastorale toujours missionnaire. Mais si les jeunes sont « capables de créer de nouvelles formes de mission dans les domaines les plus divers. »§241 ils ont besoin d’être accompagnés par des adultes : « Les jeunes doivent être respectés dans leur liberté, mais ils doivent être aussi accompagnés. »§242 Les derniers paragraphes de ce chapitre décrivent donc ce que doit être cet accompagnement : un accompagnement personnel et communautaire qui requiert des accompagnateurs formés reflétant la diversité du peuple de Dieu, donnant aussi sa place au « leadership féminin » permettant aux jeunes de discerner et d’être acteurs de leur cheminement.

Le chapitre 8 aborde le thème important de la vocation « compris au sens large comme appel de Dieu. La vocation inclut l’appel à la vie, l’appel à l’amitié avec lui, l’appel à la sainteté, etc. »§248 A la lumière de la Bible et du Concile Vatican II la vocation est ici présentée comme un appel pour chacun – toute vie est vocation – l’appel à l’amitié avec le Christ. On retrouve ici la notion phare de cette exhortation qu’est l’amitié. Mais est surtout soulignée ici « la vocation entendue dans le sens précis d’un appel au service missionnaire des autres. » en cohérence avec toute la vision déployée par le Pape François depuis Evangelii Gaudium d’une Eglise appelée à vivre une transformation missionnaire parce qu’elle est fondamentalement communion-pour la-mission. L’enjeu est alors de « penser que toute pastorale est vocationnelle, toute formation est vocationnelle et toute spiritualité est vocationnelle. » Doit donc se déployer ce que le document final du synode avait dénommé « une pastorale des jeunes vocationnelle ». Explicitant cette affirmation donnée dans Evangelii Gaudium au n°273 « Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde », le Pape François explique aux jeunes de manière très pédagogique que discerner sa vocation « C’est en définitive reconnaître pour quoi je suis fait, le pourquoi d’un passage sur cette terre, reconnaître quel est le projet du Seigneur pour ma vie »§256. Il s’agit donc « de développer, de faire pousser et grandir tout ce que l’on est »§257 ou encore « tirer le meilleur de toi pour la gloire de Dieu et pour le bien des autres » en devenant un « être pour les autres ».
La vocation fondamentale de tout être humain est une vocation à l’amour. En s’appuyant sur Amoris Laetitia l’exhortation présente d’abord la vocation au mariage. Tout en ayant conscience qu’il n’est pas facile de poser ce choix durable dans la culture du provisoire qui prévaut actuellement, le Pape François n’hésite pas à dire clairement aux jeunes « J’ai confiance en vous, et pour cela je vous encourage à opter pour le mariage. » Puis le §247 consacré aux célibataires rappelle que « la première vocation, et la plus importante, est la vocation baptismale ».
Est ensuite abordée une autre dimension de la vocation qu’est la dimension du travail, si importante pour le Pape François et si souvent abordée au cours de son pontificat. Reprenant un texte des évêques des USA – au long de l’exhortation différentes conférences épiscopales sont citées – le Pape souligne l’importance du travail pour les jeunes : « le travail définit et affecte l’identité et l’estime de soi d’un jeune adulte et c’est un lieu fondamental où se développent des amitiés et d’autres relations parce que, généralement, on ne travaille pas seul. » §268 Aussi il les invite à discerner leur travail comme une vocation en lui donnant du sens.
Enfin il aborde les vocations à une consécration particulière en proposant aux jeunes de ne pas exclure de leur discernement « la possibilité de se consacrer à Dieu dans le sacerdoce, dans la vie religieuse ou dans d’autres formes de consécration. »§276

Le dernier chapitre 9 consacré au discernement de « sa propre vocation dans le monde » commence par s’arrêter sur ce lieu fondamental de la formation de la conscience « qui permet au discernement de grandir en profondeur et dans la fidélité à Dieu. »§281 Puis il indique concrètement aux jeunes comment discerner sa vocation. Cette démarche de discernement requiert d’abord un engament personnel « parce qu’il s’agit d’une décision très personnelle que d’autres ne peuvent pas prendre pour quelqu’un » §283 et surtout le moyen du silence et de la prière. Le Pape liste aussi les bonnes questions à se poser : « Est-ce que je me connais moi-même, au-delà des apparences et de mes sensations ? ; est-ce-que je sais ce qui rend mon cœur heureux ou triste ? ; quelles sont mes forces et mes faiblesses ? Immédiatement suivent d’autres questions : comment puis-je servir au mieux et être plus utile au monde et à l’Église ? ; quelle est ma place sur cette terre ? ; qu’est-ce que je pourrais offrir à la société ? » §285. Mais l’enjeu est d’aborder ces questions en référence aux autres car ce qui est reçu, les dons, qualités, charismes ne sont pas pour soi mais pour les autres. On retrouve alors ce thème récurrent du lien à Jésus comme un ami : « Pour discerner sa propre vocation, il faut reconnaître que cette vocation est l’appel d’un ami : Jésus » §287. Le discernement vocationnel proposé par le Pape François aux jeunes comme un modèle susceptible de leur parler est un « discernement d’amitié ». Est ensuite explicité le moyen spirituel habituel du discernement qu’est l’accompagnement par des ainés capables d’écoute attentive et désintéressée, aidant à discerner ce qui vient du bon ou du mauvais esprit, et pouvant entrer dans une disposition d’écoute profonde permettant à l’autre à aller de l’avant sous l’impulsion de l’Esprit.

Et pour conclure le Pape François exprime un dernier désir aux jeunes : « Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, « attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. Que l’Esprit Saint vous pousse dans cette course en avant. L’Église a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin ! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre »§299

Avec ce texte, le Pape François offre aux jeunes, mais aussi à nous tous, peuple de Dieu en marche, une précieuse boussole pour la route et plus encore une invitation à oser le chemin de l’amitié avec le Christ. Car ce texte qui cite souvent la parole même des jeunes est plus qu’un texte, il recueille une expérience vivante, celle des jeunes du monde d’aujourd’hui plein de ressources mais aussi confrontés à de multiples difficultés et défis, celle du chemin synodal, du pré-synode et du synode vécus dans une grande joie et fraternité. Fruit d’une écoute commune de l’Esprit associant le Pape, les évêques, les jeunes et toute l’Eglise, ce texte provient d’une expérience spirituelle et ecclésiale et vise à susciter cette expérience en chaque lecteur : l’expérience de la rencontre personnelle toujours plus profonde du Christ présenté fondamentalement comme un ami. Une expérience intrinsèquement personnelle et communautaire. Puisse-t-il nous aider et aider toute l’Eglise à être toujours davantage fidèle à sa vocation d’être au service de l’humanisation du monde.

Sr Nathalie Becquart, xavière
Auditrice au synode et coordinatrice générale du pré-synode.

Texte publié aux Editions de l’Emmanuelen préface de l’Exhortation